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Compte-rendu des rendez-vous d’Angoulême

Dans le cadre du festival d’Angoulême, la Ligue des auteurs professionnels a multiplié les rencontres formelles et informelles. Juste après la publication du rapport Bruno Racine, deux rendez-vous étaient particulièrement attendus, celui avec le ministre de la Culture et celui avec le président de la République. En espérant que le sommet de l’État a bien pris la mesure des enjeux pour les auteurs et autrices, et en conséquence pour toute la culture française.

Le Festival international de la Bande Dessinée d’Angoulême avait démarré dans un mélange de colère et d’espoir. Auteurs et autrices ont atteint un point de non-retour clair, incarné par une tribune signée dans Libération1 et un grand débrayage qui démontrent, encore une fois l’exigence de mesures fortes et salvatrices envers les auteurs et autrices, comme le fut, en son temps, le prix unique du livre pour les libraires et les éditeurs.

La Ligue des auteurs professionnels avait donc demandé l’organisation, dans le cadre du festival, de rendez-vous institutionnels pour discuter de la mise en œuvre du rapport Bruno Racine. Le jeudi 30 janvier y fut consacré.

Réunion de travail avec le ministre de la Culture

La journée a commencé par une réunion de travail d’une heure en présence du ministre de la Culture Franck Riester, de ses équipes, du cabinet de l’Élysée, du CNL et des collectivités locales. La Ligue était représentée par Denis Bajram, son président, par Samantha Bailly, également vice-présidente de la Charte des auteurs et des illustrateurs jeunesse et Benoît Peeters, également président des États généraux de la Bande Dessinée. Étaient aussi présents le SNAC BD représenté par Marc-Antoine Boidin, l’adaBD représentée par Christian Mattiucci et le CPE représenté par Bessora. Le ministre de la Culture a affirmé sans détour sa volonté de voir appliqué le rapport, reconnu comme brillant, objectif et apportant une vision construite d’une politique nouvelle envers les artistes-auteurs. Le ministre a proposé de suivre une méthodologie stricte et rigoureuse, point par point, en précisant que si certaines mesures pouvaient être appliquées rapidement, d’autres demanderont plus de temps et la mise en place préalable de certains points. Un chantier à étages. La Ligue partage ce constat : à titre d’exemple, la représentation professionnelle doit être clarifiée et les élections remises en place afin d’assurer à tout ce processus la légitimité qu’il mérite.

De nombreux sujets ont été abordés, de l’indépendance financière des organisations professionnelles, en passant par le contrat de commande ou encore la création de la délégation artistes-auteurs au ministère. La Ligue en a profité pour souligner deux sujets brûlants ayant un impact très concret sur nos vies :

Les dysfonctionnements continus de la transition vers l’URSSAF, et les points de blocage de la direction de cette dernière quant à l’application concrète de la volonté politique pourtant clairement exprimée par les ministères. Le portail artistes-auteurs doit avant tout être pleinement fonctionnel. Le système informatique doit être conforme aux décisions, et non afficher des informations totalement obsolètes. Il doit notamment tenir compte du report au 29 février de la date limite du premier paiement au lieu d’afficher des pénalités de retard. Samantha Bailly, qui a pu échanger avec le directeur de la transition URSSAF avant le départ au festival, a fait savoir très clairement que la situation était inacceptable et que les « problèmes informatiques » n’étaient pas une justification pour accepter la confusion et la détresse sociale que déclenchent ces incohérences et ces bugs.

De même, sur la question des retraites, l’avenir a été évoqué tout autant que le passé. Nos représentants ont pu exprimer au ministre la gravité du scandale révélé par la mission Bruno Racine : l’Agessa n’ayant pas opéré le recouvrement d’une partie des cotisations des assujettis, de façon illégale. Ce sont près de 190 000 artistes-auteurs qui se retrouvent amputés de trimestres de retraite, sans le savoir. Le rapport pointe un manque de contrôle « interne et externe » de l’organisme. Nous avons répété l’urgence de la mise en place d’élections professionnelles et de la récupération de la gouvernance du régime artistes-auteurs par les artistes-auteurs eux-mêmes. Comment l’État va réparer un tel préjudice, aujourd’hui enfin reconnu ?

La réunion a été très constructive, et l’équipe du ministre s’est montrée déterminée à mettre en application le rapport Bruno Racine. Franck Riester s’exprimera mi-février sur les mesures prioritaires, le calendrier et le plan d’action. La Ligue a été très claire : cela fait des décennies que notre population professionnelle est dans l’angle mort des politiques de l’État. Les espoirs sont donc très grands, et nous n’attendons pas de mesures en demi-teinte, mais bien des changements ayant des impacts très concrets sur nos vies, à court, moyen et long terme.

Déjeuner avec le président de la République

Suite à cette réunion, une partie des représentants présents a déjeuné avec le président de la République, Emmanuel Macron. Étaient présents pour la Ligue Denis Bajram et Samantha Bailly, et pour le SNAC BD Marc-Antoine Boidin. D’autres auteurs et autrices étaient invités pour témoigner de nos réalités diverses : Enki Bilal, Cécile Bidault, Cy, Jul et Lewis Trondheim. Côté éditeurs étaient présents le président du SNE, Vincent Montagne, ainsi que Charlotte Gallimard, Jaques Glénat et Christel Hoolans, ainsi que le président du SEA, représentant les éditeurs indépendants, Benoît Preteseille.

Le président de la République a exprimé son intention d’écouter les auteurs et autrices, de comprendre leur quotidien et leurs difficultés. Chacun a pu témoigner de façon très concrète des problématiques actuelles : non-paiement du travail créatif, pression dans les rendus, contrats d’édition léonins, précarité, incertitudes, impossibilité d’accès aux droits sociaux… la liste est longue.

En plus de ces témoignages personnels, les représentants des organisations professionnelles ont tenu un discours plus général sur nos attentes très concrètes vis-à-vis des pouvoirs publics, avec pédagogie et détermination. La mise en place du rapport Bruno Racine, l’importance de toutes ces mesures, la question du statut professionnel bien sûr, des droits sociaux, mais aussi celle cruciale de la rémunération et de la régulation du secteur. Les représentants des éditeurs, plus discrets, ont rappelé la crainte de voir l’équilibre de la chaîne du livre bousculé. La question d’encadrer de façon professionnelle et sous l’égide de l’État, un dialogue interprofessionnel renforcé et transformé, semble faire consensus.

Notons que le représentant des éditeurs indépendants a appuyé avec ferveur les demandes des auteurs et autrices en donnant des chiffres très concrets sur la pratique de leurs contrats équitables (50% de droits en numérique par exemple.) L’éditrice Christel Hoolans a confirmé l’existence de problématiques liées au statut des auteurs et autrices, entre complexité administrative, contradiction et manque de protection.

Le président de la République s’est monté à l’écoute et n’a pas hésité à poser des questions. À la fin du repas, Bruno Racine a rappelé de façon très claire que le but du rapport n’était pas d’analyser toute la chaîne du livre, ou tout autre secteur culturel dans son ensemble, mais bien la place des artistes-auteurs au cœur de la société et de l’économie des industries créatives.

Certains auteurs ont saisi l’occasion de ce déjeuner pour porter très clairement auprès du président de la République des sujets de société globaux, tout particulièrement ceux de l’écologie et des violences policières.

Pour finir, le président de la République a effectué des annonces lors du discours qui s’est suivi sur la scène du festival. Voici ses paroles :

Il y a un rapport très important qui ne touche pas que la bande dessinée, mais qui la concerne aussi, qui a été remis par Monsieur Racine il y a quelques jours au ministre. On en a parlé avec beaucoup d’entre vous et donc on va prendre des décisions.

Le ministre est en train de travailler. Il fera les annonces précises, mais il est clair qu’on veut que le Centre National du Livre fasse beaucoup plus et oriente beaucoup plus ses financements directs vers les auteurs. Aujourd’hui, c’est environ 12%. Ce n’est pas suffisant.

On veut aussi que les droits sociaux, l’encadrement administratif et juridique des auteurs, soit facilité et simplifié. Il y a des propositions très claires qui sont faites par le rapport Racine et qui seront, qui sont en train d’être travaillées et seront reprises pour permettre de mieux protéger, accompagner dans leurs droits, dans leur quotidien les femmes et les hommes qui ont décidé de créer et qui, parfois, sont dans des situations de grande précarité.

Il faut permettre aussi de mieux organiser ce monde commun que nous avons entre les auteurs, les éditeurs, les libraires parce que quand quelqu’un achète un album, il y a une valeur qui est créée et elle a un prix. Il faut que ce prix soit justement réparti et donc c’est tout le débat qu’on a eu. C’est un dialogue qui se fera entre les parties prenantes mais que l’État va faciliter. Il doit permettre de donner plus de visibilité aux auteurs dans le temps, une rémunération plus juste et que l’on repense un petit peu le modèle économique en étant respectueux de chacun, c’est un dialogue qui doit se faire. Je crois que toutes les parties prenantes ont compris qu’il était nécessaire et le ministre s’y est d’ores et déjà attelé.2

La Ligue des auteurs professionnels salue donc un échange constructif et une volonté claire de l’État d’agir. En points de vigilance, nous rappelons qu’aujourd’hui, la précarité, la dégradation des revenus et l’insécurité juridique et sociale gouvernent le quotidien de la majorité des artistes-auteurs en France. Nous attendons donc des changements très concrets et des changements forts. S’il a été question de rémunération minimum, nous attendons également une prise de position sans ambiguïté sur le rôle de régulateur que doit jouer l’État dans la relation professionnelle qui lie artistes-auteurs et exploitants de leurs œuvres. La rémunération du travail de création est également un enjeu qui ne saurait être mis de côté.

À la fin du repas, Samantha Bailly a dit au président : « Ces problèmes existent depuis des siècles : déjà Balzac avait des revendications identiques à celles que nous portons aujourd’hui. Il avait ouvert une épicerie avec des auteurs connus pour revendiquer qu’ils gagnaient plus en vendant des légumes qu’en écrivant. Vous avez une chance historique de redonner aux créateurs et créatrices leur juste place. »

La Ligue attend maintenant avec impatience les décisions du ministre de la Culture, en particulier la mise en place des mesures prioritaires du rapport Bruno Racine. Les auteurs et autrices ne peuvent plus attendre.

 

Notes

Samantha Bailly redevient présidente de la Ligue

Denis Bajram a demandé à quitter la présidence de la Ligue pour des raisons personnelles. C’est Samantha Bailly qui reprend donc la fonction. L’occasion de faire un point sur la nécessité de s’engager aujourd’hui.

La Ligue des auteurs professionnelles frappe haut et fort depuis qu’elle existe, et certains semblent en déduire que nous sommes des professionnels de la défense des auteurs et autrices. Mais il faut bien réaliser que les dirigeants et les actifs de la Ligue sont tous des bénévoles. Nous ne recevons aucune indemnité pour un travail qui pour certains finit pourtant par nous occuper plusieurs jours par semaine. À l’inverse, nous recevons des coups de toute part, à commencer de ceux qui tirent aujourd’hui profit du manque de protections des auteurs et autrices et qui  voudraient, bien sûr, que rien ne change.

Épuisé, le président de la Ligue, Denis Bajram, a dû admettre que sa santé lui imposait de se retirer de l’action syndicale. Dans un long message que nous vous invitons à lire, il explique son engagement depuis les années 90, en particulier via la fondation et l’animation de l’adaBD, du SNAC BD, des États généraux de la Bande Dessinée et de la Ligue des auteurs professionnels. S’il ne cache pas la dureté de la tâche, voire la violence qu’il a parfois subit, il termine son message par un appel pressant à s’engager pour tous les auteurs et autrices :

Enfin, et surtout, ne déduisez pas de mon retrait qu’il ne faut pas vous engager, bien au contraire ! C’est le moment ou jamais de venir non seulement me remplacer, mais d’aller renforcer vos organisations. La Ligue des auteurs professionnels est votre force de frappe dans la lutte globale des auteurs et autrices. En apprenant mon retrait, certains risquent d’avoir envie de sabrer le champagne, j’espère que vous allez leur donner tort en vous engageant nombreux. Adhérez à la Ligue si ce n’est déjà fait ! Devenez bénévoles ! Aujourd’hui, nous avons le rapport Bruno Racine sur lequel nous appuyer, il va falloir le défendre bec et ongle et l’emmener le plus loin possible. Les deux prochaines années de cette législature sont donc un moment clef de notre histoire. Je compte sur vous pour ne pas le manquer.

Le conseil d’administration de la Ligue des auteurs professionnels a donc pris acte de la démission de Denis du poste de président et a élu Samantha Bailly à la place. Elle retrouve ainsi le poste qu’elle avait à la création de la Ligue.

Nous remercions Denis pour tout le travail accompli. Nous le remercions aussi d’avoir accepté de rester au conseil d’administration à titre d’expert, afin de faire profiter aux autres administrateurs et à tous les bénévoles de sa connaissance des dossiers ainsi que de son expérience. La Ligue remercie aussi Samantha Bailly d’avoir accepté de redevenir présidente.

Comme le dit Denis dans son message, auteurs,  autrices, nous sommes à un moment clef de notre histoire. C’est le moment de s’engager, d’adhérer à la Ligue si ce n’est déjà fait et d’aller plus loin pour tous ceux qui le peuvent.

Assemblée générale des auteurs et autrices de BD lors du dernier festival d’Angoulême. Samantha Bailly et Denis Bajram y ont expliqué les enjeux du rapport Bruno Racine.

Nouvel espace membre sur le site de la Ligue

Jusqu’à maintenant, il n’y avait pas d’espace membre sur le site de la Ligue des auteurs professionnels. Il avait paru plus simple de gérer les adhésions par e-mail.

Le renouvellement des cotisations a montré que beaucoup d’adhérents étaient un peu perdus avec cette “simplicité”. De plus, en préparant la prochaine Assemblée générale de l’association, le bureau de la Ligue s’est dit qu’il serait mieux que les membres puissent voter aux élections sur notre propre site au lieu de devoir transférer leurs coordonnées à un organisme tiers. Développer un outil de vote nous a paru avoir d’autant plus d’importance qu’il permettra à l’avenir de consulter les adhérents toute l’année, ce qui ne ne pourra qu’améliorer la vie démocratique de l’association.

C’est pourquoi, à partir de maintenant, chers et chères membres de la Ligue, vous avez accès à une page compte dédié. C’est là que pourrez modifier vos informations, changer d’adresse e-mail, régler vos cotisations, retrouver nos newsletters et voter à l’avenir. Cette page permet aussi aux non membres d’accéder à une éventuelle adhésion en cours.

Pour vous connecter, il faut saisir l’adresse e-mail et le mot de passe de votre compte. Il va falloir bien sûr, avant, créer votre mot de passe, puisqu’il n’existait pas jusqu’ici. Rassurez-vous, rien de plus facile : vous recevrez un lien pour le faire sur votre adresse e-mail juste en remplissant ce formulaire de récupération.

Et si, vous rencontrez la moindre difficulté, n’hésitez pas à demander de l’aide à Sophie, notre référente adhésion, sur la page de contact.

 

Changement de présidence

Dans la continuité

Samantha Bailly est présidente de la Ligue des auteurs professionnels depuis sa création, il y a un an. Et cette première année a été riche en émotions, en succès mais aussi en difficultés. En seulement un an, la Ligue des auteurs professionnels a parcouru un chemin considérable : l’adhésion de 1540 auteurs et autrices et de 8 organisations,  la publication d’un constat inédit, le lancement de la mission Bruno Racine, la campagne extinction culturelle, les préconisations favorables aux auteurs dans le cadre de la réforme universelle des retraites, un solide travail d’hypothèses pour le statut des auteurs et autrices de demain…

Fin août, Samantha est enfin partie en vacances, pour une parenthèse en forme de tour du monde de quelques mois. À sa demande, le conseil d’administration de la Ligue a décidé de confier la présidence de l’association à Denis Bajram, jusque-là vice-président. C’est un changement dans la continuité, car c’est Samantha et Denis qui sont conjointement à l’origine de la Ligue, et qu’ils ont toute cette année été impliqués ensemble sur la plupart des dossiers.

La tâche qui attend la Ligue en cette rentrée est des plus importantes, vu le nombre de réformes et de concertations sociales en cours, et vu l’urgence d’améliorer la situation économique de la plupart des auteurs et autrices. La tâche est aussi lourde, car rappelons-le, l’équipe de la Ligue est totalement bénévole. Alors, autrices, auteurs, militez pour que vos confrères et consœurs adhèrent à la Ligue pour soutenir ceux qui travaillent à vous défendre. Et si vous le pouvez, devenez bénévoles à votre tour. C’est l’avenir des métiers créatifs qui se décide aujourd’hui.

Pendant ce temps, autour du monde

Denis devient président mais Samantha reste vice-présidente. Elle a décidé de profiter de son voyage tout autour du globe pour rencontrer d’autres organisations d’auteurs afin de comparer les situations entre pays et de réfléchir à tout ce que nous pourrions faire avancer ensembles.

Elle a d’ores et déjà eu un excellent rendez-vous avec l’UNEQ, Union des écrivaines et des écrivains québécois. Un long entretien avec sa présidente, Suzanne Aubry, a été filmé et sera prochainement mis en ligne. Il portait sur les différences et similarités entre les auteurs et autrices français et québécois. Ont été abordés des sujets aussi cruciaux que la rémunération des auteurs et autrices, leurs conditions concrètes de création, la reconnaissance de l’exercice de leurs métiers, la loi en vigueur au Québec sur le statut professionnel des artistes, le droit d’auteur au Canada…

Cette rencontre promet une collaboration très intéressante entre organisations professionnelles de différents pays, ayant le même objectif : défendre les intérêts de leurs professions créatives. La situation actuelle des auteurs et autrices françaises a des spécificités bien précises, mais de nombreux constats et difficultés sont partagés mondialement. Défendre le droit d’auteur au niveau international ne suffit plus : c’est les auteurs eux-mêmes et leur capacité à vivre de leur travail qu’il va falloir défendre maintenant.

S’allier pour défendre nos professions

Ce sont trois organisations, La Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, le Syndicat national des auteurs et compositeurs et les États généraux de la Bande Dessinée qui ont fondé, aux côtés de nombreux auteurs et autrices, la Ligue des auteurs professionnels. Au-delà de cette alliance initiale, il a paru dès le départ fondamental pour la Ligue d’échanger avec d’autres organisations professionnelles partageant les mêmes objectifs et valeurs de défense des métiers de la création.

Lorsque la Guilde française des scénaristes a rejoint la Ligue des auteurs professionnels en tant que membre consultatif, afin de mettre en commun nos informations, le conseil d’administration de la Ligue a pu constater que les auteurs et autrices de l’audiovisuel connaissaient souvent des difficultés similaires à ceux du livre. Ce sont pourtant des secteurs créatifs et des industries très différents et cela laisse à penser que ces problèmes sont systémiques pour toute la création.

En préparant la campagne Extinction Culturelle1, la Ligue a proposé à de nombreuses autres organisations professionnelles de se joindre à elle. Ensemble, nous avons pu juger de la force que nous pouvions avoir sur certains sujets transversaux. L’arbitrage du haut-commissaire aux retraites en faveur des artistes-auteurs en est le résultat probant2.

Aujourd’hui, la Ligue des auteurs professionnels accueille donc chaleureusement trois nouveaux membres consultatifs : l’adaBD, Central Vapeur et l’Alliance des agents littéraires français.

Alors que l’ambitieuse mission Bruno Racine3 visant à repenser le statut des artistes-auteurs de façon prospective est actuellement en cours, il nous paraît plus vital que jamais d’être solidaires et de construire ensemble notre avenir, pour qu’écrire, dessiner, scénariser, traduire reste un métier.

Alors que des questions inédites sur le statut des auteurs et autrices se posent, mettre en commun nos expériences et nos expertises sur les métiers de la création, dans le livre et au-delà, est source d’idées et de solutions. De même, l’implication des agents littéraires, par leurs expertises de négociation et leur connaissance fine des conditions de rémunération et des différents marchés d’exploitation, est un atout qui s’avère aujourd’hui incontournable.

La Ligue des auteurs professionnels se réjouit des futurs travaux qui pourront naître de cette collaboration avec La Guilde Française des scénaristes, l’adaBD, Central Vapeur et l’Alliance des agents littéraires français.

Les organisations consultatives se présentent :

AdaBD

Depuis 2000, l’adaBD se propose de pallier le manque d’informations pratiques qui caractérise nos professions. En effet, qu’ils ou qu’elles soient débutant(e)s ou confirmé(e)s, indépendant(e)s ou regroupé(e)s en atelier(s), les auteurs/autrices de bande dessinée se heurtent souvent aux mêmes problématiques et à un manque chronique de réponses à leurs questions. Sur des points administratifs, juridiques et techniques, entre autres, il était impératif que se crée un véritable réseau d’échange de renseignements.

Toujours dans le but d’encourager la communication entre auteurs/autrices, l’adaBD organise ponctuellement des débats sur des sujets professionnels, techniques, juridiques et administratifs.

Site : https://www.facebook.com/associationdesauteursdeBD/

Central Vapeur

Depuis 2010, l’association Central Vapeur se consacre à la valorisation et à la diffusion des arts graphiques tels que l’illustration, la bande dessinée et le dessin contemporain. En regroupant les savoir-faire de professionnels rattachés à différents métiers (illustrateurs, graphistes, éditeurs, bibliothécaires, consultants, enseignants, etc.) et d’étudiants, l’association organise de nombreux événements. Central Vapeur propose également un service d’accompagnement destiné aux illustrateurs et autres artistes visuels, ainsi qu’aux jeunes diplômés : Central Vapeur PRO. Un soutien face aux questions d’ordre administratif, social, financier ou juridique.

Site : https://centralvapeur.org/

AALF

Créée en mars 2016, l’Alliance des agents littéraires français (Alliance ALF) est un comité du SFAAL (Syndicat Français des Agents Artistiques et Littéraires) dédié aux agents littéraires de langue française. Le syndicat accueille les agences et agents d’auteurs et éditeurs dont le siège fiscal est situé en France.

Face à la globalisation des échanges, la multiplication des exploitations possibles d’un texte (édition et co-édition, traduction, adaptation au cinéma et à la télévision, numérique, audio-book, BD…) et la nomadisation des auteurs, ceux-ci sont de plus en plus nombreux à solliciter les agents pour être conseillés et représentés dans les domaines littéraire, juridique, financier et économique. Plusieurs agences ont donc décidé de se regrouper au sein d’un syndicat à partir de mars 2016.

Les missions de la commission, à l’instar du syndicat, sont de fédérer les agents du domaine de l’édition pour une meilleure visibilité de la profession et une représentation optimale de leurs clients dans le but de construire une relation saine entre auteurs et éditeurs, d’assurer un dialogue avec les syndicats d’auteurs, d’éditeurs, de producteurs, ainsi qu’avec les institutions nationales et internationales, de former auteurs et agents sur des questions techniques liées au droit d’auteur et d’assurer une présence internationale accrue des auteurs et éditeurs.

Site : http://www.sfaal.fr/le-sfaal/aalf/

La Guilde française des scénaristes

La Guilde Française des Scénaristes a pour vocation de rassembler, protéger, défendre et promouvoir les scénaristes d’œuvres audiovisuelles et cinématographiques, pour leur permettre d’écrire des récits créatifs et inspirants dans les meilleures conditions de coopération possible.

Créée en 2011, la Guilde Française des Scénaristes est le seul syndicat professionnel dédié uniquement à la défense des intérêts artistiques, contractuels et financiers des scénaristes en France. Pour la Guilde, le savoir-faire du scénariste réside dans sa capacité à structurer de manière originale et créative un récit en séquences transposées en images animées et/ou en sons.

Site : https://www.guildedesscenaristes.org/

Notes

La Ligue remet les résultats de ses travaux à la Mission Racine

Lors d’une seconde audition, la Ligue des auteurs professionnels vient de remettre à la mission Bruno Racine un document de 36 pages de réflexions et d’hypothèses sur le statut des auteurs. C’est la conclusion, provisoire, du travail entamé avant même la création de la Ligue, travail qui a déjà donné lieu au constat d’octobre 2018.

Sous le titre Quel statut pour les auteurs du livre ?, ce document, très dense, synthétise des centaines d’heures de réflexion, de discussion, de consultation, de rédaction, de relectures et d’expertises extérieures. Il complète le constat sur la situation des auteurs et autrices, il fait de très nombreuses propositions et il développe en profondeur plusieurs hypothèses. C’est avant tout une boîte à outils destinée à réfléchir et qui est amenée à évoluer. La Ligue, si elle ne propose pas de solutions figées, dessine très clairement par ces différentes propositions ce que pourrait être, demain, le statut des auteurs et autrices.

La Ligue a décidé de ne pas rendre public ce document pour l’instant afin de laisser le temps à la mission de le lire et de s’en emparer. Il est important qu’elle puisse travailler sereinement avec l’ensemble de ce que les organisations auditionnées ont apporté. La Ligue se tient à la disposition de la mission pour étudier d’autres propositions ou affiner les siennes.

La Ligue, représentée par Samantha Bailly et Denis Bajram, avait tenu à se rendre à ce rendez-vous avec le président de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, Guillaume Nail, le directeur général de la Guilde française des scénaristes, Denis Goulette et le président du répertoire cinéma de la Guilde, Romain Protat. Les problématiques des auteurs du livre et celles des auteurs de l’audiovisuel sont souvent bien plus proches qu’on ne l’imaginerait au premier abord. Nos organisations ont décidé de travailler ensemble depuis plusieurs mois et portent maintenant, ensemble, plusieurs idées fortes pour le statut des auteurs.

En plus du document statut a été remis à la mission une très importante compilation documentaire anonymisée lui permettant de se faire une idée plus précise de l’ampleur des dysfonctionnements récents des organismes sociaux, des problèmes de paiement des interventions, et des évolutions inquiétantes des contrats d’édition. Pour penser l’avenir, il est nécessaire de sortir de l’image d’Épinal et de parler des réalités vécues par les auteurs et autrices.

Malgré l’ampleur des questions soulevées par ces auditions, la mission Bruno Racine pense pouvoir livrer ses conclusions à la période prévue, vers mi-novembre. La Ligue tient à remercier de nouveau les membres de la mission pour leur attention, et leur renouvelle sa confiance pour apporter une véritable réflexion prospective sur l’auteur et l’acte de création. L’avenir des créateurs et créatrices de France se joue en ce moment.

 

22 juin : premier rendez-vous de la Ligue

Auteurs et autrices, vous êtes invités au premier rendez-vous de la Ligue des auteurs professionnels, le samedi 22 juin 2019, dans le 5e à Paris. Ce sera une après-midi conviviale où nous parlerons de nos problèmes, de nos actions et de notre avenir.

12h30-13h30 Pique-nique aux arènes de Lutèce
Entrées 49,rue Monge et 7, rue de Navarre, Paris 5e – Métro Place Monge
Venez avec votre sandwich, repas et boisson, et pourquoi pas avec un plat ou un dessert à partager avec tous (et s’il devait pleuvoir, rendez-vous au Labo de l’édition).

13h30-16h00 Rendez-vous participatif au Labo de l’édition
2, rue Saint-Médard, Paris 5e – Métro Place Monge
Cette rencontre est bien sûr ouverte à tous les membres de la Ligue, mais aussi à tous les auteurs et autrices ayant publié un livre. Seront aussi présents des représentants d’autres organisations.

  • 13h30-14h30 Bilan de situation, par le C.A. de la Ligue
    Retour sur les menaces diverses et variées, des réformes sociales aux dérives des éditeurs, et les actions de la Ligue pour y répondre.
  • 14h30-16h00 Discussion collective : Maintenant, qu’est-ce qu’on fait ?
    Un moment ou tout le monde pourra prendre la parole, afin que nous échangions nos visions, nos questions, nos informations, nos idées d’actions.

16h00-18h00 Apéro des autrices et auteurs
Les échanges se termineront autour d’un verre (et de ce qui aura survécu au pique-nique). Comme il n’est pas question de boire les cotisations des adhérents la Ligue, chacun devra apporter quelques boissons.

Afin que nous puissions nous faire une idée du nombre que nous serons, envoyez-nous un petit message de réservation via le formulaire de contact.

Avec un grand remerciement au Labo de l’édition qui nous accueille pour ce premier rendez-vous de la Ligue.

Nous espérons vous voir nombreux !

 

Élections Sofia 2019

Les élections de la Sofia commencent sur Internet ce 4 juin. La Ligue vous recommande deux candidats en particulier : Guillaume Nail et Marc-Antoine Boidin

La Sofia, Société Française des Intérêts des Auteurs de l’Écrit, est la seule société civile de perception et de répartition de droits dans le domaine du livre. Elle est administrée à parité par les auteurs et les éditeurs. La Sofia perçoit et répartit le droit de prêt en bibliothèque. Elle perçoit et répartit également, à titre principal, la part du livre de la rémunération pour copie privée numérique. Elle finance aussi tous les ans des programmes d’action culturelle. Enfin, elle finance la moitié des cotisations au RAAP, la complémentaire retraite des auteurs.

Deux des candidats au conseil d’administration sont des responsables d’associations fondatrices de la Ligue :

Marc-Antoine Boidin est vice-président du SNAC pour le groupement des auteurs de Bande Dessinée.

Guillaume Nail est le président de La Charte des auteurs et des illustrateurs jeunesse.

La Ligue des auteurs professionnels vous propose donc de voter en particulier pour ces deux candidats. Ils sont tous deux de très bons connaisseurs des dossiers et des difficultés que rencontrent aujourd’hui les auteurs du livre. Ils ont prouvé le sérieux et le suivi de leurs engagements.

Le vote est ouvert aux auteurs qui ont adhéré personnellement à la SOFIA. Dans ce cas, ils ont reçu un courrier avec des codes de connexion.

 

La Ligue adhère au CPE

La Ligue des auteurs professionnels, dans sa volonté de travailler avec tous ceux qui défendent les auteurs du livre, avait demandé à adhérer au CPE, le Conseil Permanent des Écrivains.

Le CPE rassemble depuis 1979 l’essentiel des organisations d’auteurs du livre. Grâce à ce front commun, il est l’interlocuteur naturel des pouvoirs publics et des éditeurs, en particulier du Syndicat National de l’Édition (SNE). Il négocie avec eux les usages et les lois qui concernent les auteurs du livre.

Ce 15 janvier, le projet de la Ligue a été présenté au CPE par Samantha Bailly, présidente, et Xavier Dorison, administrateur, ainsi que les raisons de sa demande d’adhésion. À l’issue de cette présentation, la candidature de la Ligue a été acceptée à l’unanimité moins deux abstentions par le conseil d’administration du CPE.

La Ligue remercie le CPE de l’accueillir dans ses rangs seulement cinq mois après sa création. Forte, déjà, de 1300 membres et originale par son focus sur le métier et la professionnalisation, la Ligue espère, au-delà de ses propres actions, pouvoir contribuer ainsi au sein du CPE au progrès de la condition des auteurs.

La Ligue reçue par le Ministre de la Culture

La Ligue des auteurs professionnels a été reçue ce vendredi 14 décembre au Ministère de la Culture par Franck Riester, nouveau Ministre de la Culture.

La Ligue, représentée par Samantha Bailly, Denis Bajram et Benoît Peeters, a résumé les raisons de sa création puis a rappelé les différentes urgences sociales ainsi que les dysfonctionnements des réformes en cours. Depuis le 9 juillet dernier, les auteurs sont dans l’attente de la grande mission prospective sur leur avenir, annoncée par le Ministère de la Culture.

Des bouleversements aussi majeurs du régime social des auteurs ne peuvent avoir lieu sans une réflexion profonde sur les métiers créatifs aujourd’hui, mais surtout, de tels bouleversements ne peuvent avoir lieu sans les auteurs eux-mêmes.

L’association a défendu la nécessité de mesures fortes pour sauver les métiers des auteurs. Des mesures qui doivent avoir une ambition digne de ce que fut, en son temps, la loi sur le prix unique du livre. Remettre l’auteur au centre de l’économie du livre et revaloriser la place des créateurs au sein de l’exception culturelle française est une urgence sur tous les plans : social, économique et culturel. Si la défense du droit d’auteur, notamment au niveau européen, est une priorité pour la France, la Ligue a rappelé que le droit d’auteur devait protéger avant tout les auteurs.

Le Ministre a proposé de mettre en place un groupe de travail avec la Ligue et d’autres partenaires au sujet du statut social, des métiers et de la rémunération équitable des auteurs. La Ligue apprécie l’attention qui a été portée à son constat et l’intérêt montré pour les multiples hypothèses qu’elle est en train de développer. La Ligue des auteurs professionnels est convaincue qu’il est possible de construire un statut aussi ambitieux que protecteur pour l’auteur du XXIe siècle.

La Ligue espère que ce groupe de travail permettra d’avancer rapidement. Il est urgent de mettre en place des propositions concrètes, à l’heure où la précarisation des auteurs s’accentue de façon rapide : 41% des auteurs professionnels vivent avec moins que le SMIC1.

La Ligue remercie monsieur le Ministre de la Culture de son écoute, et est impatiente de travailler avec le Ministère à un avenir meilleur pour les auteurs.

Notes

1Seulement 59% des 8000 auteurs du livre affiliés AGESSA gagnent plus d’un SMIC en droits d’auteur. Ministère de la Culture, Étude sur la situation économique et sociale des auteurs du livre – Résumé DGMIC, 2017. PDF p. 24