S’allier pour défendre nos professions

Ce sont trois organisations, La Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, le Syndicat national des auteurs et compositeurs et les États généraux de la Bande Dessinée qui ont fondé, aux côtés de nombreux auteurs et autrices, la Ligue des auteurs professionnels. Au-delà de cette alliance initiale, il a paru dès le départ fondamental pour la Ligue d’échanger avec d’autres organisations professionnelles partageant les mêmes objectifs et valeurs de défense des métiers de la création.

Lorsque la Guilde française des scénaristes a rejoint la Ligue des auteurs professionnels en tant que membre consultatif, afin de mettre en commun nos informations, le conseil d’administration de la Ligue a pu constater que les auteurs et autrices de l’audiovisuel connaissaient souvent des difficultés similaires à ceux du livre. Ce sont pourtant des secteurs créatifs et des industries très différents et cela laisse à penser que ces problèmes sont systémiques pour toute la création.

En préparant la campagne Extinction Culturelle1, la Ligue a proposé à de nombreuses autres organisations professionnelles de se joindre à elle. Ensemble, nous avons pu juger de la force que nous pouvions avoir sur certains sujets transversaux. L’arbitrage du haut-commissaire aux retraites en faveur des artistes-auteurs en est le résultat probant2.

Aujourd’hui, la Ligue des auteurs professionnels accueille donc chaleureusement trois nouveaux membres consultatifs : l’adaBD, Central Vapeur et l’Alliance des agents littéraires français.

Alors que l’ambitieuse mission Bruno Racine3 visant à repenser le statut des artistes-auteurs de façon prospective est actuellement en cours, il nous paraît plus vital que jamais d’être solidaires et de construire ensemble notre avenir, pour qu’écrire, dessiner, scénariser, traduire reste un métier.

Alors que des questions inédites sur le statut des auteurs et autrices se posent, mettre en commun nos expériences et nos expertises sur les métiers de la création, dans le livre et au-delà, est source d’idées et de solutions. De même, l’implication des agents littéraires, par leurs expertises de négociation et leur connaissance fine des conditions de rémunération et des différents marchés d’exploitation, est un atout qui s’avère aujourd’hui incontournable.

La Ligue des auteurs professionnels se réjouit des futurs travaux qui pourront naître de cette collaboration avec La Guilde Française des scénaristes, l’adaBD, Central Vapeur et l’Alliance des agents littéraires français.

Les organisations consultatives se présentent :

AdaBD

Depuis 2000, l’adaBD se propose de pallier au manque d’informations pratiques qui caractérise nos professions. En effet, qu’ils ou qu’elles soient débutant(e)s ou confirmé(e)s, indépendant(e)s ou regroupé(e)s en atelier(s), les auteurs/autrices de bande dessinée se heurtent souvent aux mêmes problématiques et à un manque chronique de réponses à leurs questions. Sur des points administratifs, juridiques et techniques, entre autres, il était impératif que se crée un véritable réseau d’échange de renseignements.

Toujours dans le but d’encourager la communication entre auteurs/autrices, l’adaBD organise ponctuellement des débats sur des sujets professionnels, techniques, juridiques et administratifs.

Site : https://www.facebook.com/associationdesauteursdeBD/

Central Vapeur

Depuis 2010, l’association Central Vapeur se consacre à la valorisation et à la diffusion des arts graphiques tels que l’illustration, la bande dessinée et le dessin contemporain. En regroupant les savoir-faire de professionnels rattachés à différents métiers (illustrateurs, graphistes, éditeurs, bibliothécaires, consultants, enseignants, etc.) et d’étudiants, l’association organise de nombreux événements. Central Vapeur propose également un service d’accompagnement destiné aux illustrateurs et autres artistes visuels, ainsi qu’aux jeunes diplômés : Central Vapeur PRO. Un soutien face aux questions d’ordre administratif, social, financier ou juridique.

Site : https://centralvapeur.org/

AALF

Créée en mars 2016, l’Alliance des agents littéraires français (Alliance ALF) est un comité du SFAAL (Syndicat Français des Agents Artistiques et Littéraires) dédié aux agents littéraires de langue française. Le syndicat accueille les agences et agents d’auteurs et éditeurs dont le siège fiscal est situé en France.

Face à la globalisation des échanges, la multiplication des exploitations possibles d’un texte (édition et co-édition, traduction, adaptation au cinéma et à la télévision, numérique, audio-book, BD…) et la nomadisation des auteurs, ceux-ci sont de plus en plus nombreux à solliciter les agents pour être conseillés et représentés dans les domaines littéraire, juridique, financier et économique. Plusieurs agences ont donc décidé de se regrouper au sein d’un syndicat à partir de mars 2016.

Les missions de la commission, à l’instar du syndicat, sont de fédérer les agents du domaine de l’édition pour une meilleure visibilité de la profession et une représentation optimale de leurs clients dans le but de construire une relation saine entre auteurs et éditeurs, d’assurer un dialogue avec les syndicats d’auteurs, d’éditeurs, de producteurs, ainsi qu’avec les institutions nationales et internationales, de former auteurs et agents sur des questions techniques liées au droit d’auteur et d’assurer une présence internationale accrue des auteurs et éditeurs.

Site : http://www.sfaal.fr/le-sfaal/aalf/

La Guilde française des scénaristes

La Guilde Française des Scénaristes a pour vocation de rassembler, protéger, défendre et promouvoir les scénaristes d’œuvres audiovisuelles et cinématographiques, pour leur permettre d’écrire des récits créatifs et inspirants dans les meilleures conditions de coopération possible.

Créée en 2011, la Guilde Française des Scénaristes est le seul syndicat professionnel dédié uniquement à la défense des intérêts artistiques, contractuels et financiers des scénaristes en France. Pour la Guilde, le savoir-faire du scénariste réside dans sa capacité à structurer de manière originale et créative un récit en séquences transposées en images animées et/ou en sons.

Site : https://www.guildedesscenaristes.org/

Notes

La Ligue remet les résultats de ses travaux à la Mission Racine

Lors d’une seconde audition, la Ligue des auteurs professionnels vient de remettre à la mission Bruno Racine un document de 36 pages de réflexions et d’hypothèses sur le statut des auteurs. C’est la conclusion, provisoire, du travail entamé avant même la création de la Ligue, travail qui a déjà donné lieu au constat d’octobre 2018.

Sous le titre Quel statut pour les auteurs du livre ?, ce document, très dense, synthétise des centaines d’heures de réflexion, de discussion, de consultation, de rédaction, de relectures et d’expertises extérieures. Il complète le constat sur la situation des auteurs et autrices, il fait de très nombreuses propositions et il développe en profondeur plusieurs hypothèses. C’est avant tout une boîte à outils destinée à réfléchir et qui est amenée à évoluer. La Ligue, si elle ne propose pas de solutions figées, dessine très clairement par ces différentes propositions ce que pourrait être, demain, le statut des auteurs et autrices.

La Ligue a décidé de ne pas rendre public ce document pour l’instant afin de laisser le temps à la mission de le lire et de s’en emparer. Il est important qu’elle puisse travailler sereinement avec l’ensemble de ce que les organisations auditionnées ont apporté. La Ligue se tient à la disposition de la mission pour étudier d’autres propositions ou affiner les siennes.

La Ligue, représentée par Samantha Bailly et Denis Bajram, avait tenu à se rendre à ce rendez-vous avec le président de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, Guillaume Nail, le directeur général de la Guilde française des scénaristes, Denis Goulette et le président du répertoire cinéma de la Guilde, Romain Protat. Les problématiques des auteurs du livre et celles des auteurs de l’audiovisuel sont souvent bien plus proches qu’on ne l’imaginerait au premier abord. Nos organisations ont décidé de travailler ensemble depuis plusieurs mois et portent maintenant, ensemble, plusieurs idées fortes pour le statut des auteurs.

En plus du document statut a été remis à la mission une très importante compilation documentaire anonymisée lui permettant de se faire une idée plus précise de l’ampleur des dysfonctionnements récents des organismes sociaux, des problèmes de paiement des interventions, et des évolutions inquiétantes des contrats d’édition. Pour penser l’avenir, il est nécessaire de sortir de l’image d’Épinal et de parler des réalités vécues par les auteurs et autrices.

Malgré l’ampleur des questions soulevées par ces auditions, la mission Bruno Racine pense pouvoir livrer ses conclusions à la période prévue, vers mi-novembre. La Ligue tient à remercier de nouveau les membres de la mission pour leur attention, et leur renouvelle sa confiance pour apporter une véritable réflexion prospective sur l’auteur et l’acte de création. L’avenir des créateurs et créatrices de France se joue en ce moment.

 

Réforme des retraites : des préconisations en faveur des auteurs

Excellente nouvelle pour les créateurs et créatrices. Dans ses préconisations pour la future réforme universelle des retraites1, le Haut-Commissaire, Jean-Paul Delevoye, recommande explicitement que l’État prenne à sa charge l’équivalent de la part patronale des artistes-auteurs.

C’était la position défendue par la Ligue des auteurs professionnels, aux côtés de nombreuses autres organisations d’artistes-auteurs, car c’était la seule solution viable pour les créateurs et créatrices.  C’est cette position qui avait été défendue par les représentants de la Ligue auprès du Haut-Commissaire, des ministères, des parlementaires et de la Sécurité sociale.

C’est cette position qui était aussi au cœur de la campagne Extinction culturelle, que la Ligue a animée avec de nombreuses organisations d’artistes-auteurs. Cette importante mobilisation des auteurs, des autrices, des artistes, mais aussi de lecteurs, lectrices, citoyens et citoyennes a permis une large diffusion auprès des parlementaires comme du public de la grande inquiétude des créateurs et créatrices. Elle a permis d’accompagner fortement le travail de l’ensemble des organisations d’artistes-auteurs. C’est donc une belle victoire collective qui a été obtenue aujourd’hui.

Le maintien d’avantages spécifiques via une prise en charge par le budget de l’État.

La mise en place du système universel pose également la question des dispositifs de réduction de taux de cotisations retraite applicables à certaines populations et leurs employeurs. Ces réductions de taux n’ont aujourd’hui aucun impact sur les droits à retraite puisque ces derniers dépendent de l’assiette cotisée et non du taux applicable. Le passage à une règle de calcul fondée sur le montant des cotisations versées conduira à révéler les effets de ces dérogations en ayant un impact négatif sur l’acquisition des droits à retraite.

Elles concernent principalement les catégories d’assurés suivants :

• Les artistes auteurs, qui sont affiliés en base au régime général mais ne sont redevables que de la part salariale, en l’absence d’employeur au titre de leurs activités : la prise en charge de points se fera donc à hauteur de l’équivalent de la part patronale, dans la limite d’une fois le plafond de la sécurité sociale.

Pour un système universel de retraite
Préconisations de Jean-Paul Delevoye,
Haut-Commissaire à la réforme des retraites
Juillet 2019 – page 42-43

Il faudra tout de même évaluer plus finement l’impact de cette éventuelle réforme universelle des retraites pour les artistes-auteurs. Si cette préconisation est bien appliquée pour les artistes-auteurs ils ne verront donc pas leurs cotisations exploser, potentiellement de 17%2. Ils ne verront pas non plus, en ne cotisant pas plus qu’aujourd’hui, leurs pensions de retraite futures s’effondrer par manque de points3. Mais la question d’une éventuelle évolution à la baisse de toutes les pensions reste posée, comme pour tous les Français.

Se pose aussi la question des cotisations des rares artistes-auteurs qui gagnent plus que le plafond de la Sécurité sociale, soit 40 524 € par an. Que représentera l’équivalent de la part patronale qui restera à leur charge ? Cela ne pourrait être plus que ce qu’ils payent déjà aujourd’hui. Rappelons que les revenus d’artiste-auteur sont par principe imprévisibles et irréguliers, et qu’il ne faudrait pas qu’une année fructueuse de temps en temps soit trop impactée par des cotisations trop lourdes.

Se pose enfin la question de la retraite complémentaire, l’IRCEC/RAAP, qui dans l’esprit d’une réforme universelle est amenée à voir son périmètre réduit, voire à disparaitre. Ce serait la fin de la gouvernance des artistes-auteurs sur leur retraite complémentaire. Si cela devait arriver, il faudrait veiller avec attention à ce qu’aucun artiste-auteur, retraité ou non, ne s’en trouve lésé.

Pour finir, rappelons que ces préconisations ne sont bien que des… préconisations. Nous restons vigilants et demandons à ce que les concertations se prolongent pour le bien de tous. Il est essentiel, aujourd’hui, de ne pas précariser plus les créateurs et créatrices. Il en va de l’avenir culturel de la France.

Notes

Extinction culturelle : merci !

La campagne Extinction culturelle a battu son plein depuis son lancement. Il y avait urgence à protéger les artistes-auteurs d’une réforme universelle des retraites qui s’annonçait cataclysmique pour eux1.

Des centaines de parlementaires ont reçu des courriers de la part de créateurs et créatrices mais aussi de citoyens et citoyennes qui se sont senties concernées par la situation des artistes-auteurs. De nombreuses rencontres ont eu lieu avec des députés, députées, sénateurs et sénatrices, et certains développements de ce travail auprès des parlementaires sont encore à venir. Merci donc à tous ceux et celles qui ont pris le temps d’écrire, voir de rencontrer un parlementaire, et merci à ces derniers de les avoir reçus.

Cette action a été fortement aidée par les nombreux dessins réalisés bénévolement et qui ont envahi les réseaux sociaux. Des tribunes libres sont aussi venues rappeler les difficultés des créateurs et créatrices et les problèmes qu’un système social bricolé leur pose au quotidien.  Merci à tous ceux et celles qui ont contribué à cette belle visibilité de la campagne.

Enfin les dangers d’une extinction culturelle ont été mis en avant dans une série de six vidéos à l’humour noir révélateur, scénarisées par Xavier Dorison et réalisées par Léa Frédeval. Merci à eux, aux acteurs et actrices et aux équipes techniques bénévoles qui ont accepté de se mobiliser pour soutenir les artistes-auteurs.

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Tout ceci n’a pas été en vain, bien au contraire : une récente rencontre2 avec les représentants du haut-commissaire à la réforme des retraites et de la direction de la Sécurité sociale semble indiquer que l’inquiétude des artistes-auteurs a été entendue. Les hypothèses qui auraient été les plus catastrophiques seraient même écartées. Cependant, rien n’est encore sûr, et beaucoup de questions sont toujours sans réponse. La Ligue des auteurs professionnels et les autres organisations d’artistes-auteurs impliquées dans la campagne Extinction culturelle restent donc aussi attentives que mobilisées.

Pour conclure, merci à tous ceux et celles qui ont soutenu d’une manière ou d’une autre les créateurs et créatrices de France dans leurs revendications. Il y a urgence : c’est aujourd’hui que se joue l’extinction, ou pas, de la culture française.

Notes

Réforme des retraites : des éléments rassurants mais beaucoup de questions

Mardi 11 juin, la Ligue des auteurs professionnels a été reçue avec une délégation conjointe du Conseil permanent des écrivains (CPE) et du Syndicat national de l’édition (SNE) par Monsieur Christian Bourguelle, chargé de mission auprès du haut-commissaire à la réforme des retraites, ainsi que par la direction de la Sécurité sociale. Le ton s’est montré rassurant, mais beaucoup de questions restent sans réponse.

Durant ce rendez-vous, plusieurs options à l’étude concernant l’application de la réforme universelle des retraites ont été présentées à la délégation. Les hypothèses qui auraient été les plus catastrophiques semblent avoir été écartées, et les spécificités des artistes-auteurs entendues. Comme l’a toujours dit la Ligue1, la seule solution viable pour les artistes-auteurs est de garantir le maintien des principes de la loi du 31 décembre 19752 ayant ouvert l’accès de la Sécurité sociale aux artistes-auteurs.

Les options pour y parvenir actuellement étudiées ne sont cependant pas sans effets de bord, en particulier pour les auteurs les plus vulnérables (en début d’activité, retraités, aux revenus les plus faibles…). Quoi qu’il en soit, tout cela reste au stade des hypothèses. Il faut attendre de voir les préconisations écrites dans le rapport du Haut-commissaire aux retraites, en juillet, pour avoir plus de certitudes.

Les différents scénarios mettent néanmoins en exergue la complexité de la situation. Il est même à craindre qu’une partie des solutions proposées puissent bien relever une nouvelle fois du bricolage. Depuis le 1er janvier 2019, avec la mise en place conjointe de réformes transversales et de réformes de l’AGESSA/MDA, nous constatons un écart immense entre les principes et leur application dans la réalité. Les auteurs sont très nombreux à témoigner de leurs difficultés3. Et il est à craindre que la réforme des retraites apporte son lot de dysfonctionnements.

De nombreuses questions restent aussi sans réponses : Quid de la réparation du préjudice dû au non recouvrement des cotisations vieillesse par l’AGESSA ? Beaucoup d’auteurs croyaient cotiser et ont perdu énormément d’annuités, voire toutes. Quid aussi de l’existence du RAAP s’il ne fait plus de collecte ? Que deviennent les spécificités de ce régime complémentaire ?

Encore une fois, les réformes continuent de se succéder sans aucune vision d’ensemble pour les artistes-auteurs. Leur statut se retrouve un peu plus bricolé à chaque fois, ajoutant encore de nouvelles difficultés à la situation précaire dans laquelle se trouvent la plupart d’entre eux aujourd’hui. Il faut que ce bricolage social et fiscal cesse, pour davantage de cohérence, de simplicité et d’accès aux droits. Il en va de la vitalité, voire de la survie, des créateurs et créatrices français.

La question de la représentation professionnelle

La Ligue des auteurs professionnels était présente au sein de cette délégation, aux côtés de la Société des gens de lettres (SGDL) et du Syndicat national des auteurs et compositeurs (SNAC), toutes trois organisations de défense des auteurs. Mais si des concertations au sujet des retraites des artistes-auteurs sont amorcées depuis plusieurs mois, ce n’était pas uniquement avec des organisations professionnelles d’artistes-auteurs. Il semble régner une grande confusion dans l’esprit des pouvoirs publics au sujet des interlocuteurs qui seraient en charge de la représentation professionnelle des créateurs et créatrices. Cette confusion est l’un des facteurs du décalage que nous constatons depuis des années entre la réalité des artistes-auteurs et la perception que les pouvoirs publics ont de la situation.

Cette question de représentativité doit donc à tout prix être clarifiée, dans l’intérêt des créateurs et créatrices. C’est déjà ce que la Ligue a dit à la Mission Bruno Racine sur l’auteur et l’acte de création4, en demandant la mise en place d’élections professionnelles pour désigner les organisations d’auteurs et d’artistes qui les représentent. Cela pose également la question de la mise en place d’un financement de ces organisations professionnelles, afin que leur activité ne dépende plus uniquement du bon vouloir des organismes qui subventionnent leurs activités aujourd’hui. Cette clarification va de pair avec la structuration d’un dialogue social plus équilibré entre auteurs et éditeurs, et va dans le sens d’une professionnalisation des auteurs du livre.

La question du financement de la part patronale

Pour ce qui est de la réforme universelle des retraites, la Ligue des auteurs professionnels a demandé au gouvernement d’acter le maintien des principes de la loi de 1975 ayant ouvert l’accès de la Sécurité sociale aux artistes-auteurs. Il faut que l’artiste-auteur continue de ne payer que les cotisations salariales et ait droit aux mêmes points de retraite qu’un salarié à revenu brut équivalent.

Mais pourquoi cette situation ? Dans la loi de 1975, il incombait aux diffuseurs (éditeurs, producteurs etc.) de compenser la part patronale5. Malgré cela, elle n’a été remplacée que par une faible contribution de 1,1%. C’est infime : les cotisations patronales sont plutôt normalement de l’ordre du double des cotisations du salarié6.

La Sécurité sociale a estimé le manque à gagner de la part patronale pour la retraite de l’ensemble des artistes-auteurs à 260 millions d’euros. C’est donc une somme importante à laquelle les diffuseurs, éditeurs, producteurs etc. ont réussi à se soustraire jusqu’à maintenant. On pourrait penser qu’il faut maintenant que les créateurs la payent eux-mêmes, devenant de fait comme des indépendants, mais la plupart n’en a financièrement pas les moyens7. On pourrait surtout penser, plus logiquement, qu’il faut que les diffuseurs respectent enfin ce qui avait été inscrit dans la loi de 1975.

Mais aujourd’hui, tout le système culturel français s’est construit avec cette quasi absence de part patronale, avec ce manque à gagner. Si ce coût devait être imposé aux artistes-auteurs, vu leur précarité actuelle, ce serait provoquer l’effondrement de la création en France. S’il devait être réimposé aux diffuseurs, cela reviendrait sans doute au même : le premier réflexe de ces diffuseurs sera de baisser d’autant la rémunération des créateurs. En effet, vu l’absence de régulation, les auteurs servent aujourd’hui de variable d’ajustement à tout un secteur économique.

La Ligue demande donc aux pouvoirs publics de veiller à ce que les réformes en cours n’aggravent encore la situation économique et sociale déjà extrêmement précaire des artistes-auteurs. Au contraire, la volonté actuelle de simplification et de remise à plat est l’occasion de remettre enfin les créateurs et créatrices à leur juste place.

Mais soyons très clair : si le gouvernement acte la prise en charge des 260 millions d’euros de part patronale par l’État, cela ne peut pas profiter, sans contrepartie, qu’aux seuls diffuseurs, éditeurs producteurs, etc. Un tel choix politique rend, au contraire, légitime et nécessaire la mise en place d’une régulation des industries créatives contre les abus envers les artistes-auteurs. Ce ne sera que rendre justice à ceux et celles qui sont à l’origine de toute la création et, donc, de tous les emplois et les profits qu’elle génère.

 

Notes

1Cf. https://ligue.auteurs.pro/2019/03/31/tres-grandes-inquietudes-pour-la-retraite-des-auteurs/

2Loi n° 75-1348 du 31 décembre 1975 : JO1976-loi-75-1348.pdf

3De nombreux témoignages sur le sujet sont disponibles ici : https://ligue.auteurs.pro/tribunes/temoignages/

4Cf. https://ligue.auteurs.pro/2019/04/29/mission-ministerielle-1ere-audition/

5Loi n° 75-1348 du 31 décembre 1975, article III :« Le financement des charges incombant aux employeurs au titre des assurances sociales et des prestations familiales est assuré par le versement d’une contribution par toute personne physique ou morale, y compris l’État et les autres collectivités publiques, qui procède, à titre principal ou à titre accessoire, à la diffusion ou à l’exploitation commerciale d’œuvres originales relevant des arts visés par le présent titre.Cette contribution est calculée selon un barème tenant compte notamment du chiffre d’affaires réalise par ces personnes à raison de la diffusion ou de l’exploitation commerciale des œuvres des auteurs, vivants ou morts, ou de la rémunération versée à l’auteur lorsque l’œuvre n’est pas vendue au public.
Elle est recouvrée comme en matière de sécurité sociale par l’intermédiaire d’organismes agréés par l’autorité administrative qui assument, en matière d’affiliation, les obligations de l’employeur à l’égard de la sécurité sociale.Conformément aux dispositions du paragraphe VI ci-dessous, cette contribution permet de financer les dépenses du régime qui ne sont pas couvertes par les cotisations des personnes mentionnées à l’article L. 613-1. »

6Cf. Simulateur de revenus pour salarié État/URSAFF : https://mon-entreprise.fr/sécurité-sociale/salarié

7Seulement 59% des 8000 auteurs du livre affiliés AGESSA gagnent plus d’un SMIC en droits d’auteur.
Ministère de la Culture, Étude sur la situation économique et sociale des auteurs du livre – Résumé DGMIC, 2017.
PDF p. 24
Seulement 47% des 1500 auteurs de BD gagnent plus d’un SMIC brut et 36% sont sous le seuil de pauvreté.
États Généraux de la Bande Dessinée, Enquête auteurs 2016 – Résultats statistiques, 2016.
PDF p. 37

22 juin : premier rendez-vous de la Ligue

Auteurs et autrices, vous êtes invités au premier rendez-vous de la Ligue des auteurs professionnels, le samedi 22 juin 2019, dans le 5e à Paris. Ce sera une après-midi conviviale où nous parlerons de nos problèmes, de nos actions et de notre avenir.

12h30-13h30 Pique-nique aux arènes de Lutèce
Entrées 49,rue Monge et 7, rue de Navarre, Paris 5e – Métro Place Monge
Venez avec votre sandwich, repas et boisson, et pourquoi pas avec un plat ou un dessert à partager avec tous (et s’il devait pleuvoir, rendez-vous au Labo de l’édition).

13h30-16h00 Rendez-vous participatif au Labo de l’édition
2, rue Saint-Médard, Paris 5e – Métro Place Monge
Cette rencontre est bien sûr ouverte à tous les membres de la Ligue, mais aussi à tous les auteurs et autrices ayant publié un livre. Seront aussi présents des représentants d’autres organisations.

  • 13h30-14h30 Bilan de situation, par le C.A. de la Ligue
    Retour sur les menaces diverses et variées, des réformes sociales aux dérives des éditeurs, et les actions de la Ligue pour y répondre.
  • 14h30-16h00 Discussion collective : Maintenant, qu’est-ce qu’on fait ?
    Un moment ou tout le monde pourra prendre la parole, afin que nous échangions nos visions, nos questions, nos informations, nos idées d’actions.

16h00-18h00 Apéro des autrices et auteurs
Les échanges se termineront autour d’un verre (et de ce qui aura survécu au pique-nique). Comme il n’est pas question de boire les cotisations des adhérents la Ligue, chacun devra apporter quelques boissons.

Afin que nous puissions nous faire une idée du nombre que nous serons, envoyez-nous un petit message de réservation via le formulaire de contact.

Avec un grand remerciement au Labo de l’édition qui nous accueille pour ce premier rendez-vous de la Ligue.

Nous espérons vous voir nombreux !

 

Naissance de la Guilde des vidéastes

La Ligue des auteurs professionnels salue la naissance de la Guilde des vidéastes, première organisation dédiée aux créateurs et créatrices de l’audiovisuel sur Internet. La Ligue est fière d’être partenaire de cette nouvelle structure ayant pour vocation de défendre, d’accompagner et de professionnaliser les nouveaux métiers de la création web.

La Guilde des vidéastes est née d’un rassemblement de différents professionnels de la création audiovisuelle diffusée sur Internet qui ont constaté que leurs métiers rencontraient des difficultés structurelles dues au jeune âge de son secteur d’activité et à l’absence de représentation dans la profession.

Youtubeurs, Youtubeuses ? Créatrices, créateurs de contenus ? Webcréateurs, webcréatrices ? La difficulté à définir les vidéastes témoigne de la complexité de ces métiers. Et pour cause, être créateur de contenus audiovisuels diffusés sur Internet est avant tout une somme de compétences allant de la phase d’écriture à la diffusion de ses œuvres en passant par toutes les étapes de production.

Les mutations liées à Internet sont aussi en jeu pour le secteur du livre. Aujourd’hui, auteurs et autrices, nous devons faire face aux défis de la diffusion de nos œuvres via d’autres médiums. Nous savons que de nombreux auteurs et autrices du livre le sont également dans d’autres secteurs : audiovisuel, spectacle vivant, arts visuels, etc. Avec les nouvelles technologies, la possibilité pour les auteurs et autrices de diffuser eux-mêmes leurs créations est une question devenue incontournable.

Il est fondamental pour la Ligue des auteurs professionnels d’aborder l’auteur au sens large, dans une approche comparative à d’autres secteurs de la création. C’est pourquoi nous tissons des liens avec d’autres organisations de défense des auteurs hors du livre, comme la Guilde des scénaristes, les Écrivains Associés du théâtre ou encore Central Vapeur pro.

Si chaque secteur de la création a des spécificités qui lui sont propres, les créateurs et créatrices ont le même point commun : le manque de reconnaissance de leurs métiers, l’isolement, ou encore les difficultés d’une rémunération équitable.

Tisser des ponts entre créateurs et créatrices, peu importe nos secteurs, c’est tout simplement être en phase avec l’auteur du XXIe siècle. Les questions qui nous agitent actuellement, de statut, d’injonctions paradoxales entre droit d’auteur et droit du travail, doivent trouver des réponses. Ces problématiques sont bien au-delà du strict secteur du livre. Nous penser et agir avec les autres, dans nos singularités, est essentiel pour relever le défi colossal qui nous attend. Remettre ceux et celles qui créent – nous – au centre des enjeux et des politiques culturelles. Rappeler que la création, ce sont les créateurs et créatrices.
Samantha Bailly,
présidente de la Ligue des auteurs professionnels

Élections Sofia 2019

Les élections de la Sofia commencent sur Internet ce 4 juin. La Ligue vous recommande deux candidats en particulier : Guillaume Nail et Marc-Antoine Boidin

La Sofia, Société Française des Intérêts des Auteurs de l’Écrit, est la seule société civile de perception et de répartition de droits dans le domaine du livre. Elle est administrée à parité par les auteurs et les éditeurs. La Sofia perçoit et répartit le droit de prêt en bibliothèque. Elle perçoit et répartit également, à titre principal, la part du livre de la rémunération pour copie privée numérique. Elle finance aussi tous les ans des programmes d’action culturelle. Enfin, elle finance la moitié des cotisations au RAAP, la complémentaire retraite des auteurs.

Deux des candidats au conseil d’administration sont des responsables d’associations fondatrices de la Ligue :

Marc-Antoine Boidin est vice-président du SNAC pour le groupement des auteurs de Bande Dessinée.

Guillaume Nail est le président de La Charte des auteurs et des illustrateurs jeunesse.

La Ligue des auteurs professionnels vous propose donc de voter en particulier pour ces deux candidats. Ils sont tous deux de très bons connaisseurs des dossiers et des difficultés que rencontrent aujourd’hui les auteurs du livre. Ils ont prouvé le sérieux et le suivi de leurs engagements.

Le vote est ouvert aux auteurs qui ont adhéré personnellement à la SOFIA. Dans ce cas, ils ont reçu un courrier avec des codes de connexion.

 

Vidéo : extinction culturelle française

Sans créateurs et créatrices, pas de culture française. La campagne Extinction culturelle française, lancée par de nombreuses organisations professionnelles d’auteurs, poursuit ses actions. La Ligue des auteurs professionnels va diffuser cette semaine six courts films engagés, aussi humoristiques que glaçants. Ils dessinent l’avenir de la France et de sa culture si les cotisations sociales des créateurs et créatrices continuent à augmenter et si la rémunération de leur travail créatif continue à baisser…

À la réalisation, Léa Frédeval et au scénario, Xavier Dorison, tous deux membres fondateurs de la Ligue. Ils ont réuni une équipe de tournage et des comédiens remarquables. Merci à toutes et tous !

Le premier film court :

Pour voir et partager cette vidéo :

Sur les réseaux sociaux, utilisez les hashtags #payetaculture et #payetonauteur. Pensez aussi à mentionner le site www.extinction-culturelle.fr, qui explique précisément les raisons de cette mobilisation et donne des moyens d’actions.

Auteurs, autrices, artistes, lecteurs, lectrices, citoyens et citoyennes, nous comptons sur vous pour protéger la création en France !